En culture conventionnelle, le goji traîne une réputation de fruit très arrosé de pesticides, et elle ne sort pas de nulle part. Plutôt que de répéter des slogans, nous avons repris trois contrôles officiels menés en Europe, puis relu ce que le règlement bio garantit réellement. Le résultat est plus nuancé qu’un simple « bio, sinon rien ».
012010 : l’analyse qui a tout lancé
En janvier et février 2010, le laboratoire public de contrôle alimentaire de Stuttgart, en Allemagne, analyse quinze échantillons de baies de goji séchées achetés dans le commerce. Il recherche plus de cinq cents substances phytosanitaires. Le bilan, publié en mars, fait date.
Le seul échantillon bio ne présentait que des traces minimes. Les auteurs relevaient au passage que plusieurs sachets étaient vendus avec des images de paysages himalayens et des formules du type « produit naturellement », peu compatibles avec ce qu’ils avaient trouvé.
022013 : beaucoup de molécules, mais sous les limites
Trois ans plus tard, le même réseau de laboratoires publie son bilan annuel sur les fruits. Le goji de Chine y détient un record peu enviable : 32 substances différentes détectées sur l’ensemble des échantillons, le chiffre le plus élevé de tous les fruits analysés cette année-là. Mais toutes les teneurs mesurées restaient sous les limites maximales autorisées, et les lots étaient donc commercialisables.
Ce point est important. Une limite maximale de résidus, fixée au niveau européen par le règlement (CE) n° 396/2005, s’applique de la même façon aux produits européens et importés. Un goji conventionnel conforme à ces limites a le droit d’être vendu. La présence de nombreuses molécules, même sous les seuils, reste en revanche un indicateur des pratiques de culture.
032017 : un lot retiré en République tchèque
En mai 2017, l’inspection tchèque de l’agriculture et de l’alimentation retire du marché 2 300 kg de baies de goji séchées d’origine chinoise, conditionnées en sachets d’un kilo. Les analyses y avaient trouvé du carbofuran, un insecticide interdit dans l’Union européenne depuis 2008, ainsi que de la propargite.
Ce genre d’alerte n’a rien d’exceptionnel pour les fruits secs importés : le système européen d’alerte rapide pour les denrées, le RASFF, enregistre régulièrement des notifications sur le goji. Elles montrent que les contrôles existent et fonctionnent, mais aussi que tous les lots ne se valent pas.
04Les molécules dont on parlait il y a quinze ans
Le blog qui occupait cette adresse avant nous consacrait une page à chacune des substances retrouvées sur le goji conventionnel : acétamipride, carbendazime, carbofuran, chlorpyrifos, cyperméthrine, difénoconazole, imidaclopride, lambda-cyhalothrine, propargite, et une vingtaine d’autres. Nous ne les avons pas recréées une à une. Beaucoup de choses ont changé depuis.
Plusieurs de ces substances ne sont plus autorisées en Europe : le carbofuran depuis 2008, le chlorpyrifos depuis 2020, l’imidaclopride depuis la fin de 2020 également. Cela ne les fait pas disparaître des champs du monde entier, mais les limites de résidus appliquées aux importations ont été abaissées en conséquence, souvent au seuil de détection. Le statut de chaque molécule et les limites fixées pour chaque denrée se consultent dans la base de données publique de la Commission européenne sur les pesticides.
05Ce que garantit le logo bio
Le règlement (UE) 2018/848 encadre la production biologique dans l’Union et pour tous les produits importés qui portent le logo européen. Pour le goji, cela signifie concrètement :
- aucun pesticide de synthèse ni engrais chimique de synthèse en culture ;
- un contrôle au moins annuel de chaque producteur et de chaque opérateur de la filière, par un organisme reconnu par l’Union ;
- un certificat d’inspection pour chaque lot importé, vérifié à l’entrée en Europe ;
- pas de sulfites ajoutés : la liste des additifs admis en bio ne prévoit le dioxyde de soufre que pour quelques boissons fermentées, un point qui compte pour les personnes sensibles aux sulfites.
Sur le sachet, cela se lit en trois éléments : le logo à la feuille étoilée, le code de l’organisme certificateur (sous la forme pays-BIO-numéro) et la mention du lieu de culture, « Agriculture non UE » pour un goji chinois.
06Ce que le bio ne garantit pas
Le bio n’est pas une promesse de zéro résidu. Une parcelle bio peut recevoir des dérives de pulvérisation d’un champ voisin, et les analyses peuvent retrouver des traces, très inférieures aux limites. C’est d’ailleurs ce qu’avait observé le laboratoire de Stuttgart sur son unique échantillon bio.
Le logo ne garantit pas non plus un gros calibre, une baie souple ni un lot récent. Un goji bio mal rangé, dans un sachet entrouvert, reste un goji décevant. Quant à l’écart de prix avec le conventionnel, il est abordé à part dans notre dossier prix.
Pour un fruit sec importé de loin, consommé tel quel et sans épluchage, le bio est un choix cohérent. Un conventionnel bien étiqueté, sans sulfites et d’origine précisée n’est pas pour autant un mauvais achat : il est conforme à la réglementation. Dans les deux cas, lire le dos du sachet ligne par ligne reste le meilleur réflexe.
07Questions fréquentes
Le goji bio est-il garanti sans aucun résidu ?
Non. Le bio interdit l’usage de pesticides de synthèse en culture, mais des traces peuvent provenir de l’environnement. Elles restent en général très faibles, bien en deçà des limites réglementaires.
Un goji conventionnel peut-il être vendu s’il contient des résidus ?
Oui, tant que chaque substance reste sous la limite maximale fixée par la réglementation européenne. Au-delà, le lot est non conforme et doit être retiré du marché.
Comment vérifier qu’un sachet est vraiment bio ?
Cherchez le logo européen, le code de l’organisme certificateur et la mention du lieu de culture. En cas de doute, le vendeur doit pouvoir présenter le certificat de son fournisseur.
Informations générales sur un aliment. Si vous prenez un médicament anticoagulant ou si vous êtes allergique aux solanacées, demandez l’avis de votre médecin ou de votre pharmacien avant une consommation régulière.
- CVUA Stuttgart, « Nachgefasst: Pestizide in Gojibeeren », mars 2010 : www.ua-bw.de
- CVUA Stuttgart, résidus de pesticides dans les fruits, bilan 2013 : www.ua-bw.de
- Inspection tchèque de l'agriculture et de l'alimentation (SZPI), retrait de baies de goji, mai 2017 : www.szpi.gov.cz
- Règlement (UE) 2018/848 relatif à la production biologique : eur-lex.europa.eu