Sur les sachets, le goji vient du Tibet, de l’Himalaya, de Mongolie ou de « régions préservées ». Sur la carte, l’immense majorité pousse dans des plaines irriguées du nord-ouest de la Chine, le long du fleuve Jaune. Voyage en quatre étapes, du berceau historique aux plateaux d’altitude.
01Un arbuste de la famille de la tomate
Le goji est le fruit de deux arbustes très proches, Lycium barbarum et Lycium chinense, de la famille des solanacées, comme la tomate, l’aubergine et la pomme de terre, une parenté botanique utile à connaître quand on a des allergies alimentaires. En chinois, on l’appelle gǒuqǐ ; en anglais, wolfberry ; en français, lyciet. Le mot « goji » lui-même est une transcription popularisée dans les années 2000 par le marketing occidental.
C’est un arbuste épineux, aux longues tiges retombantes, qui supporte le froid sec, les sols salins et la sécheresse. Il s’est d’ailleurs naturalisé dans des haies d’Europe, y compris en France, où on le croise parfois sans le reconnaître. Ses fleurs violettes donnent des baies allongées, d’un à deux centimètres, qui mûrissent du vert au rouge orangé. Rien à voir, donc, avec le palmier açaí d’Amazonie ou la cranberry des tourbières, avec lesquels on le range pourtant volontiers.
02Le Ningxia, berceau commercial
La région autonome hui du Ningxia, petite province enclavée entre le Gansu et la Mongolie-Intérieure, est la référence historique. Le fleuve Jaune y traverse une plaine irriguée, à un peu plus de 1 000 m d’altitude, où les étés sont chauds et les nuits fraîches. Le district de Zhongning, au sud de Yinchuan, revendique le titre de berceau du goji cultivé et organise chaque année une grande foire du secteur.
Les chiffres régionaux repris par China Daily donnent la mesure : fin 2023, le Ningxia comptait environ 21 700 hectares de plantations et récoltait 320 000 tonnes de fruits frais par an. La récolte s’étale de juin à octobre, en plusieurs passages, car les baies d’un même arbuste ne mûrissent pas ensemble. Cette cueillette à la main pèse lourd dans ce que coûte un kilo de baies une fois arrivé en rayon.
Depuis le 1er mars 2021, la dénomination « Ningxia Gouqi » fait partie des cent indications géographiques chinoises protégées dans l’Union européenne au titre de l’accord UE-Chine. C’est une protection du nom, réservée aux produits qui respectent le cahier des charges ; une simple mention « origine Ningxia » sur un sachet n’en relève pas forcément.
03Qinghai, Gansu, Xinjiang : les autres bassins
Le Qinghai, sur le plateau tibétain, s’est imposé en vingt ans. Les plantations du bassin du Qaidam, vers 2 800 m d’altitude, bénéficient d’un ensoleillement très fort et d’un climat sec qui limite la pression des insectes. Une bonne partie du goji bio exporté vers l’Europe vient de là. Les baies y sont souvent un peu plus grosses et plus claires.
Le Gansu, voisin, et le Xinjiang, plus à l’ouest, produisent aussi des volumes importants, tout comme la Mongolie-Intérieure au nord. Le goût varie d’une zone à l’autre, plus ou moins sucré, plus ou moins acidulé, mais il varie aussi selon la variété, la date de cueillette et le séchage. Il n’existe pas de « meilleure » région dans l’absolu.
On croise enfin le « goji noir », Lycium ruthenicum, une autre espèce récoltée dans les zones salines du Qinghai et du Xinjiang. Ses petites baies violet foncé s’utilisent surtout en infusion, comme le thé aux huit trésors préparé avec le goji rouge, et cette infusion prend une couleur bleue ou violette selon l’eau. Ce n’est pas le même fruit.
04« Tibet » et « Himalaya » : ce que disent les mots
Au milieu des années 2000, le goji est arrivé en Europe avec une légende : celle d’une baie sauvage cueillie par des moines dans les vallées himalayennes. L’image a fait vendre. Elle ne correspond guère à la réalité commerciale : la production à grande échelle se fait dans des plantations irriguées, et la région autonome du Tibet n’y pèse que marginalement.
Dès 2010, un laboratoire public allemand qui analysait des baies vendues avec des paysages himalayens immaculés sur l’emballage y a relevé de nombreux résidus de pesticides, preuve qu’il s’agissait de cultures conventionnelles. Ce n’est pas une fraude en soi, mais cela montre ce que valent ces visuels. Les détails sont dans notre récit des analyses de baies conventionnelles menées en Allemagne.
« Chine » : l’information minimale. « Chine, Ningxia » ou « Chine, Qinghai » : une traçabilité réelle. « Tibet », « Himalaya », « hauts plateaux » sans autre précision : un argument de vente, à vérifier. Pour un goji bio, la mention « Agriculture non UE » et le code de l’organisme certificateur complètent le tableau.
05Et en France ?
Quelques producteurs cultivent le goji en France, dans plusieurs régions, et vendent des baies fraîches en été ou des baies séchées sur place. Les volumes restent modestes, et le prix s’en ressent. C’est une façon intéressante de goûter le fruit frais, très différent du fruit sec.
L’arbuste se trouve aussi en jardinerie. Il demande du soleil, un sol drainant et une taille régulière pour ne pas envahir le jardin ; la Royal Horticultural Society britannique en donne une fiche de culture claire. Pour l’achat courant, quelle que soit l’origine, la méthode pour choisir un sachet de baies séchées reste la même.
06Questions fréquentes
Le goji noir, est-ce la même chose ?
Non. Le goji noir est une autre espèce, Lycium ruthenicum, aux petites baies violet foncé, surtout utilisées en infusion. Il est récolté dans les zones salines du Qinghai et du Xinjiang.
Une mention « Ningxia » garantit-elle l’indication géographique ?
Pas forcément. La dénomination protégée est « Ningxia Gouqi », réservée aux produits conformes à son cahier des charges. Une simple indication de province sur un sachet est une information d’origine, utile, mais distincte.
Du goji vraiment sauvage, ça existe ?
Des lyciets poussent à l’état sauvage, en Chine comme en Europe, mais le goji vendu dans le commerce provient de plantations. Une mention « sauvage » sur un sachet mérite donc des explications précises de la part du vendeur.
Informations générales sur un aliment. Si vous prenez un médicament anticoagulant ou si vous êtes allergique aux solanacées, demandez l’avis de votre médecin ou de votre pharmacien avant une consommation régulière.
- China Daily, chiffres de la filière goji du Ningxia, juillet 2024 : www.chinadaily.com.cn
- Accord UE-Chine sur les indications géographiques, synthèse EUR-Lex : eur-lex.europa.eu
- Wikipédia, Lycium barbarum : fr.wikipedia.org
- Royal Horticultural Society, cultiver le goji : www.rhs.org.uk